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Publié le 26/06/2007 08:14 | Françoise Cariès

Electricité : qui choisir ?

L’ouverture du marché au privé ne signifiera pas la baisse des tarifs.

Les pouvoirs publics n’ont pas fait de publicité sur cet événement pourtant historique : le monopole d’EDF sur l’électricité des 33 millions de ménages vivant en France s’achèvera lundi. Du moins en théorie. Le 1er juillet, chacun pourra court-circuiter EDF et choisir librement son fournisseur d’électricité et de gaz, en France ou dans l’UE. Malgré réticences et résistances du duo Chirac-Jospin lors du sommet de Barcelone en 2002, la directive de 1996 sur la libéralisation de l’énergie s’appliquera chez les 27 adhérents. Jusqu’à présent, elle était en vigueur dans neuf pays. En France, seules les entreprises ont le choix de l’opérateur, depuis 2000 pour les plus grosses, 2004 pour les PME. Au nom de la liberté de circulation de l’énergie, l’Union estime que les consommateurs doivent être en mesure de choisir le meilleur service, de comparer les prix.

Faut-il se ruer sur les offres promotionnelles, faire jouer la concurrence comme à l’époque où le monopole de France Telecom est tombé ? La situation n’est pas comparable avec celle de la téléphonie ou de la télévision. L’électricité est une marchandise, pas un service. Sa production coûte cher ; elle a besoin de lignes à très haute-tension pour circuler, elle n’est stockable ni par ses producteurs ni par ses consommateurs. Le fournisseur doit donc garantir le service, de la « centrale » de production au compteur.

Or pour cela et pour maintenir des tarifs compétitifs, EDF dispose de l’arme absolue : le nucléaire. Au point que les concurrents sont obligés de lui acheter de l’électricité pour garantir l’approvisionnement ! Direct Electricité a même porté plainte contre EDF, l’accusant de pratiquer des tarifs de gros trop élevés. Du coup, les tarifs régulés dont bénéficient les Français restent sans équivalent en Europe. De 2001 à 2006, ils ont augmenté de 11 % quand les Danois éclairés à l’éolienne voyaient la facture enfler de 92 %, les Espagnols de 39 %, les Britanniques, avec un marché privatisé, de 81 %.

On comprend mieux l’inertie des pouvoirs publics à célébrer cette concurrence. Hier, dans une Bourse hésitante, l’action EDF a pulvérisé ses records (79€) et se hisse au sommet du CAC 40 devant Total. Les marchés ont déjà choisi leur fournisseur.


Les questions que pose cette concurrence

Faisons simple dans cette directive compliquée : lundi, les consommateurs auront le choix entre rester aux tarifs régulés d’EDF et GDF (jusqu’en 2010, après les opérateurs historiques les fixeront librement) ou quitter les tarifs régulés pour se diriger vers le marché. Voici des réponses aux principales questions.

1. Qu’implique un changement ?

Les tuyaux, l’installation, le compteur ne changent pas puisque le transporteur (RTE, Gaz de France ou autre) et le gestionnaire du réseau restent les mêmes. Seul le fournisseur du kilowatt pourra être modifié sur simple demande du consommateur. Comme pour les télécoms, il faudra vérifier que l’opérateur est présent sur le secteur. Attention, tout changement sera définitif. Une fois la décision prise d’être fourni par l’une des entreprises concurrentes d’EDF, il n’y aura plus aucune possibilité de faire machine arrière pour revenir à un tarif régulé, à moins de déménager dans un logement neuf ou dans une habitation dont l’occupant précédent n’avait pas souscrit d’offres dérégulées. Une telle contrainte est une première.

2. Qui sont les concurrents d’EDF ?

Direct Energie, filiale d’un groupe financier, ambitionne de conquérir 3 % du marché. L’indépendant français Poweo, seul vrai concurrent d’EDF aujourd’hui, dévoilera sa stratégie prochainement mais il pourrait proposer une électricité verte (éoliennes) et cibler certaines zones urbaines. Alterna, qui regroupe plusieurs sociétés locales d’électricité et de gaz en France, se positionnera sur certaines parties du territoire. Les opérateurs des pays voisins EON (Allemagne), Enel (Italie), et l’Espagnol Endesa, qui a ouvert une filiale en France, sont également intéressés mais ils peinent à fournir les foyers et les entreprises de leurs pays. Certains proposeront des offres duales (Electricité, gaz), d’autres simples. Surtout, les privés risquent de s’intéresser avant tout aux zones densément peuplées. Le site internet www.jechange.fr regroupera dès lundi toutes les offres.

3. Les prix vont-ils baisser ?

Les Français paient l’électricité moins cher que leurs voisins, soit en moyenne 90,5€ du Mégawatt heure contre 109,4€. Par conséquent, il sera difficile non seulement de faire mieux mais encore d’inverser les tendances actuelles, caractérisées par une augmentation continue des prix (11 % depuis 2001). Pour le gaz, la France produit à peine 5 % de ses besoins. Les coûts sont assez proches de la moyenne européenne, 39,30 euros MW/H contre 36,60 euros MW/H. Les contrats d’exportation, semblables chez tous les fournisseurs, et les fluctuations liées au pétrole, autorisent peu de variations. L’augmentation est là aussi inévitable.

4. Peut-il y avoir plus de coupures ?

Le risque augmente, compte tenu de la multiplicité des opérateurs. Comme en Californie, des faillites soudaines d’un fournisseur, de mauvaises coordinations sur un réseau multipliant les intervenants, peuvent déclencher des dysfonctionnements. Sans compter que les usines de production demandent de lourds investissements et qu’un opérateur peut se trouver en rupture de stock ou dans l’incapacité d’acheter au prix fort l’électricité au… concurrent.


Factures. Ce qu’il faut savoir.

Attention! Il ne faut pas jouer sa facture d’énergie à la loterie

Face à cette libéralisation tarifaire, les associations de consommateurs sont unanimes à recommander la prudence et à ne pas jouer sa facture d’énergie à la loterie. Il ne faut pas se précipiter sur des tarifs alléchants. Ils peuvent ne l’être qu’en apparence et pas sur le long terme. Donc avant tout changement:

Irréversible.

Ne pas perdre de vue que renoncer aux tarifs administrés signifie que l’on ne peut plus y revenir.L’éligibilité est irréversible et attachée au logement. Pour bénéficier à nouveau d’un tarif règlementé électrique, il faut emménager dans un logement neuf ou ancien pour lequel les précédants occupants n’on jamais souscrit une offre de marché. Pour le gaz, si on aménage dans un appartement déjà raccordé, les conditions sont les mêmes que pour l’électricité. S’il n’a jamais été alimenté en gaz, on ne peut que souscrire à une offre du marché en vertu d’un amendement de la loi sur le droit au logement opposable du 15 février 2007. Le choix risque donc de dépendre d’autres paramètres.

Offre bi-énergie. Bien distinguer entre consommation d’électricité et de gaz naturel, cela vous permettra de juger véritablement l’intérêt des offres commerciales qui vous seront présentées.Depuis la séparation d’EDF et de GDF, il y a deux fournisseurs et deux facturations. Certains fournisseurs proposeront une fusion des deux factures, une offre bi-énergie qui permet une mutualisation des frais de facturation. Cela peut conduire à souscrire une offre au prix du marché.

Profil. Vérifiez que vous êtes d’ores et déjà « profilés». C’est à dire qu’en fonction de vos compteurs séparés, munis d’un index, selon une base statistique, vous avez le «profil» pour vous classer parmi les 15 segments de marché définis par les producteurs et distributeurs.

Tarifs.

Si vous en bénéficiez depuis longtemps, correspondent-ils à vos besoins actuels? Les ex-monopoles peuvent faire, si on le leur demande, des propositions plus attractives.


expert

«Pas de baisse de l’énergie en vue»

François Morin, économiste à l’Université de Toulouse 1, a été membre de l’organisme régulateur de l’énergie.

« Sur les 4,5 millions de sites potentiellement ouverts à la concurrence en 2000 et 2004 (entreprises, commerces), 766 000 ont choisi de sortir des tarifs régulés mais parmi ceux-ci, deux sur trois ont opté pour des tarifs dérégulés d’EDF. Avec le nucléaire, EDF est en mesure de proposer en France des tarifs très bas si l’on compare avec d’autres pays.

Dans l’ensemble, le marché ouvert pour les entreprises a provoqué des hausses de prix très fortes en 2003 et 2004, jusqu’à 60 %. Au point que le gouvernement a décidé en 2006 de permettre le retour aux tarifs régulés (avec un surcoût de 25 %). Or la différence avec cette nouvelle ouverture du marché, c’est que contrairement aux entreprises, les particuliers n’auront pas cette possibilité de retour en arrière. Cela n’incitera pas les consommateurs à changer de fournisseur.

Deuxième fait majeur à retenir : l’ouverture à la concurrence n’est pas synonyme de baisse des prix. Les cours des matières premières nécessaires à la production sont très élevés et des investissements très lourds doivent être consentis pour améliorer, sécuriser, renforcer la production et les réseaux. Il n’y a aucune baisse de l’énergie en vue.»


Retrouvez l’article complet sur :

http://www.ladepeche.fr/article/2007/06/26/22216-Electricite-qui-choisir.html

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